La télémédecine potentiellement aussi efficace que le face-à-face dans la dépression
13/04 – D’après une étude américaine récente, un suivi par vidéoconférence pourrait améliorer les symptômes de la dépression aussi efficacement que les contacts « en personne ».
Dans le cadre de ces recherches, 241 vétérans âgés souffrant de dépression ont été randomisés pour bénéficier de huit semaines de psychothérapie soit au cabinet du médecin, soit au travers d’un système de vidéoconférence. Ils avaient également tous la possibilité de prendre des antidépresseurs.
Après un an, les auteurs de l’étude n’ont pas ou guère relevé de différences significatives entre les deux groupes en termes de niveau de satisfaction ou d’amélioration des symptômes. « Sur la base de nos propres résultats et de ceux de recherches antérieures, la télémédecine peut être considérée comme une solution hautement pertinente pour répondre aux besoins des patients installés dans des zones rurales ou isolées. Elle permet d’obtenir un niveau de satisfaction et une qualité de vie comparables à un traitement en face à face dispensé dans une clinique », a déclaré, le Dr Leonard Egede, chercheur à la Medical University of South Carolina et au Ralph H. Johnson VA Medical Center de Charleston et premier auteur de cette étude.
« Il importe aussi de souligner que cette étude s’est concentrée spécifiquement sur des patients âgés, qui sont, de par leurs limitations en termes de mobilité et de possibilités de transport, de bons candidats à un traitement de la dépression reposant sur la télémédecine », a ajouté le Dr Egede par e-mail. « En outre, d’après nos analyses, aucune sous-population définie en fonction de l’âge, du sexe ou de l’origine ethnique ne présentait de résultats défavorables justifiant de privilégier un traitement en personne. »
Comme le soulignent les chercheurs dans leur article publié en ligne le 8 novembre dernier dans le Journal of Clinical Psychiatry, près de la moitié des patients dépressifs ne sont pas traités… et cet état de fait s’explique fréquemment par le fait qu’ils sont confrontés à des difficultés insurmontables liées à la mobilité, aux distances à parcourir, au coût du transport ou à la nécessité de s’absenter régulièrement du travail – autant de problèmes auxquels la télémédecine est susceptible d’apporter une réponse.
Afin de comparer la satisfaction des patients dépressifs suivis à distance ou en personne, les chercheurs ont examiné les données relatives à des vétérans des deux sexes âgés de 58 ans ou plus, majoritairement des hommes d’ethnicité caucasienne. Les patients confrontés à une psychose active, à des problèmes de démence, à une dépendance aux substances ou à des idées suicidaires assorties d’intentions claires ont été exclus de l’étude.
Le groupe télémédecine utilisait une caméra liée à un moniteur vidéo dont le fonctionnement reposait sur une ligne téléphonique, de telle sorte que les patients n’avaient pas besoin de disposer d’un accès à internet pour participer à l’expérience. Les chercheurs les ont interrogés entre autres sur leurs capacités physiques, leurs troubles émotionnels, leur niveau d’énergie et de fatigue, leurs douleurs, leur fonctionnement social et leur santé générale. Pour tous ces paramètres, les résultats enregistrés à la fin de la période d’étude (d’une durée d’un an) étaient similaires pour la télémédecine et la thérapie en face à face. Les chercheurs ont également sondé la satisfaction des participants et leur perception de la crédibilité du traitement, là encore sans observer de différences significatives entre les deux groupes.
L’une des limitations de l’étude résidait dans l’exclusion des malades confrontés à des problèmes d’abus de substances, à des troubles mentaux aigus ou à des symptômes de démence – un choix qui pourrait, de l’aveu même des auteurs, limiter la pertinence des résultats pour un nombre non négligeable de patients dépressifs.
Ces données apportent toutefois une preuve supplémentaire que la télémédecine peut être aussi efficace qu’un contact physique, a commenté le Dr Charles Hoge, scientifique rattaché au Walter Reed Army Institute of Research à Washington, D.C., qui n’était pas impliqué dans l’étude. « Le recours à un traitement par télémédecine dans le domaine de la santé mentale présente une série d’avantages, dont notamment une stigmatisation moindre et un meilleur accès aux soins pour les patients vivant dans des zones isolées ou pour les personnes dont les problèmes de santé chroniques affectent la mobilité », a-t-il souligné dans un e-mail.
Bien que ces recherches spécifiques se soient concentrées sur un public de vétérans âgés, la télémédecine peut présenter un intérêt pour un public beaucoup plus large, a observé Alan Peterson, chercheur à l’University of Texas Health Science Center à San Antonio, également sans lien avec l’étude. « Les conclusions de ces travaux portant sur une population traditionnellement difficile à atteindre suggèrent que des résultats positifs comparables pourraient vraisemblablement être obtenus dans d’autres groupes de patients, notamment ceux chez qui la dépression se double d’un problème de santé mentale aigu ou d’un abus de substances », a-t-il observé par e-mail. « En outre, cette approche pourrait être particulièrement séduisante pour un public plus jeune et donc potentiellement plus réceptif à une thérapie reposant sur l’informatique ou la technologie. »
13/04/2017 Auteur: Lisa Rapaport