Un lien entre pornographie et dysfonction érectile?
09/06 – L’éminent urologue américain Matthew Christman appelle ses collègues partout dans le monde à sonder encore mieux la consommation de pornographie chez les patients qui se présentent avec un problème de dysfonction érectile. Les résultats provisoires d’une nouvelle étude laissent en effet à penser que l’exposition à ce type de matériel et la masturbation pourraient accroître le risque de dysfonction érectile… et que la recommandation de limiter voire supprimer complètement la pornographie peut avoir tout son sens pour rétablir ne fût-ce qu’en partie la fonction sexuelle.
C’est lors du congrès annuel de l’American Urological Association (AUA) que le Dr Christman a présenté les résultats provisoires de son étude, réalisée en 2014 au sein de l’armée américaine dans le but de dresser un tableau du lien éventuel entre la consommation de matériel pornographique et le risque de dysfonction érectile. Ses travaux ont révélé que la prévalence de la dysfonction érectile avait doublé au cours de la décennie précédant l’étude – une évolution impossible à expliquer par des causes physiques et qui devrait donc logiquement découler de facteurs psychogènes. Ce n’est peut-être qu’un hasard, mais il se fait justement que la consommation de pornographie sur internet a explosé depuis 2006… et d’après le spécialiste, il n’est pas du tout impensable que la prévalence deux fois plus élevée de la dysfonction érectile soit liée à l’augmentation de la consommation voire de la dépendance au porno sur internet.
Pour en avoir le cœur net, l’urologue a réalisé une enquête anonyme auprès de 439 hommes et 71 femmes rattachés à la marine américaine, recrutés exclusivement parmi les personnes âgées de 20 à 40 ans qui s’étaient présentées à la polyclinique d’urologie pour une consultation ; 314 hommes (71,5%) et 48 femmes (68%) ont accepté de participer. En sus de l’anamnèse, les répondants se sont vu soumettre une série de questions d’ordre démographique et portant sur leur fonction sexuelle et leurs préférences sexuelles et pornographiques. La validation de la fonction sexuelle a été réalisée chez les hommes à l’aide de l’International Index of Erectile Function et chez les femmes au moyen du Female Sexual Function Index. La consommation de matériel pornographique aussi a été répartie en plusieurs échelles. Environ 81% des hommes et 38% des femmes regardaient parfois de la pornographie ; la durée de l’exposition, de l’ordre de 15 minutes ou moins par épisode, ne semblait pas significativement différer entre les sexes. Du côté des sources, l’ordinateur était populaire dans les deux sexes, tandis que les magazines séduisaient nettement plus les femmes. Pas moins de 27% des hommes étaient confrontés à un problème de dysfonction érectile et 52% des femmes, à l’une ou l’autre forme de dysfonction sexuelle. La fréquence des dysfonctions érectiles était la plus faible (22%) parmi les 85% de répondants qui avaient des rapports sexuels sans avoir recours à la pornographie, un peu plus élevée (31%) parmi les hommes qui avaient besoin de ce type de stimulation pendant les rapports et maximale (79%) parmi ceux qui privilégiaient la masturbation devant l’une ou l’autre forme de pornographie.
Chez les femmes, l’étude n’a par contre pas pu établir de corrélation significative entre la consommation de pornographie et la dysfonction sexuelle. En ce qui concerne la pratique clinique, le Dr Christman est d’avis que, chez les hommes qui souffrent d’un problème de dysfonction érectile et regardent du matériel pornographique, les symptômes pourraient déjà être améliorés par une réduction voire une suppression de l’exposition à ce type de stimulant… même s’il est certain que cela ne résoudra pas tout non plus.

Auteur: David Desmet Source: D’après la présentation réalisée par le Dr Matthew Christian le 12 mai dernier au congrès 2017 de l’American Urological Association (AUA), abstracts PD44-11 et PD69-12.