Les fumeurs de cigarette électronique seraient deux fois moins enclins à cesser de fumer que ceux qui n’y ont jamais eu recours
Addictologie Oncologie Pneumologie
03/07 – Même lorsqu’ils n’ont expérimenté qu’occasionnellement la vapotage, les fumeurs voyaient baisser d’environ 67% leur probabilité de devenir ex-tabagiques, affirme une étude européenne.
L’usage quotidien de la cigarette électronique était associé à une probabilité environ 48% moindre de cesser de fumer des cigarettes classiques. « Cette observation est d’autant plus importante que la cigarette électronique est largement vantée comme un outil de cessation tabagique », fait remarquer l’auteur principal de l’étude, Stanton Glantz, qui dirige le Center for Tobacco Control Research and Education de l’Université de Californie à San Francisco. « Et s’il ne fait aucun doute que des fumeurs arrivent à cesser à l’aide de la cigarette électronique, elle semble en empêcher beaucoup plus d’y arriver. »
Les fumeurs de cette étude consommaient également plus de cigarettes par jour lorsqu’ils vapotaient également, rapportent les auteurs dans l’article publié en ligne le 12 février dernier par l’American Journal of Preventive Medicine. Le nombre de cigarettes quotidiennes s’élevait en moyenne à quatorze par jour en l’absence de vapotage, contre seize dans le cas inverse.

Les auteurs ont analysé les données d’une enquête réalisée en 2014 sur plus de 13.000 fumeurs (anciens ou pas) dans l’Union Européenne. Environ 2.500 participants affirmaient avoir essayé au moins une fois le vapotage. Leur âge moyen s’élevait à 50 ans. 46% étaient d’anciens fumeurs, et ils étaient 19% à utiliser la cigarette électronique ou à l’avoir déjà utilisée. Parmi ceux qui avaient déjà été à l’un ou l’autre moment des fumeurs de cigarettes classiques, les auteurs ont calculé la probabilité d’avoir été un ex-fumeur au moment de l’enquête, sur base du fait que le participant recourait ou pas à la cigarette électronique.

Des études antérieures ont suggéré que la cigarette électronique pouvait aider les fumeurs à se passer des cigarettes classiques, voire de se passer entièrement de tout produit lié au tabac. « Les résultats de cette nouvelle étude ont de quoi inquiéter, puisqu’ils suggèrent que la cigarette électronique ne constituerait pas une méthode aussi efficace que les substituts nicotiniques pour arrêter de fumer, contrairement à ce qu’affirment les producteurs », avance Samir Soneji, chercheur en santé publique au Dartmouth College de Hanover, dans le New Hampshire. « La majorité des fumeurs adultes expriment le souhait d’arrêter, et ils sont nombreux à y échouer. La cigarette électronique peut sembler utile à la cessation car elle mime le tabagisme dans une certaine mesure, mais les gommes ou les patchs de nicotine sont peut-être plus efficaces. La majorité des données objectives actuellement disponibles (y compris cette étude) montre en tout cas que la cigarette électronique ne permet pas de dépasser le taux de cessation tabagique affiché par les méthodes plus classiques. »

L’étude n’était pas de type contrôlé ni destinée à démontrer si (et comment) la cigarette électronique pourrait influencer l’efficacité des efforts fournis pour arrêter de fumer. Les auteurs n’ont par ailleurs pas demandé aux fumeurs actuels s’ils essayaient d’arrêter ou pas, ni s’ils utilisaient la cigarette électronique à cette fin. Une autre limite tient dans le manque de données sur le moment de la cessation tabagique obtenue par les anciens fumeurs, et il se pourrait que certains d’entre eux y soient arrivés avant que la cigarette électronique ne soit largement répandue.

Lorsqu’elles contiennent de la nicotine, les cigarettes électroniques peuvent être aussi addictives que les cigarettes classiques. Certaines études suggèrent que même en l’absence de nicotine, certains arômes et ingrédients contenus dans les liquides à vapoter pourraient entraîner des problèmes respiratoires sérieux. « Affirmer que le vapotage est plus sûr que les cigarettes classiques est presque évident, en ce sens que ces dernières constituent un des produits les plus néfastes à la santé », commente Thomas Wills, qui dirige le programme Cancer Prevention in the Pacific au Centre du Cancer de l’Université de Hawaï, à Honolulu. « Il est difficile de trouver plus néfaste à long terme, à part peut-être l’arsenic. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’on peut considérer que la cigarette électronique est un produit sûr. »
03/07/2018 Auteur: Lisa Rapaport Source: Am J Prev Med 2018